Le film Infirmary débarque en 2026 avec une ambition claire : s’imposer dans le paysage du cinéma d’horreur comme une œuvre à la fois intense et originale, tout en reprenant les codes du found footage. Cette production, qui voit ses premières mondiales au festival Dances With Films de New York, emporte les spectateurs dans les couloirs sombres d’un ancien asile psychiatrique, luttant à la fois contre les attentes traditionnelles du genre et ses propres faiblesses narratives. Nicolas Pineda, à travers cette première réalisation, offre un mélange audacieux entre peur viscérale, expérimentation visuelle et une maîtrise certaine de l’atmosphère qui mérite un regard approfondi. Cependant, derrière cette promesse d’effroi, le film peine parfois à tenir son engagement, laissant derrière lui un sentiment d’opportunité manquée. Cette critique cinématographique propose une analyse filmique détaillée autour du scénario, de la réalisation, ainsi que de la performance des acteurs, dévoilant en creux les thématiques sous-jacentes à l’œuvre et les enjeux qui en font un projet inégal mais fascinant à scruter.
Dans ce qui pourrait être perçu comme un choc des genres, Infirmary incarne l’un de ces films qui se prêtent à une dégustation dans un contexte de festival, là où l’ambiance lourde et l’excitation collective amplifient l’impact du spectacle. Ces moments propices mettent en lumière les qualités mais aussi les failles de ce found footage qui promeut la peur plus par son ambiance que par son récit solide. Revenant aux fondamentaux, le film explore la lourde atmosphère d’un lieu clos, où la lumière et l’ombre se jouent de chaque spectateur, et où les limites entre le réel et le paranormal se brouillent avec une efficacité variable.
Parallèlement à Infirmary, d’autres grands titres attendus en 2026, tel La Promesse de l’aube, continuent de lancer un contraste saisissant entre approche classique et audacieuse dans le cinéma contemporain. Un phénomène que l’on retrouve parfois dans cette nouvelle vague d’expériences cinématographiques axées sur le mélange des genres et des techniques narratives. Infirmary illustre parfaitement cette tension entre créativité et structure rigide, entre peur viscérale et rationalisme scénaristique.
Analyse filmique approfondie : le found footage revisité et ses limites
Le cœur d’Infirmary repose sur un principe a priori classique : une caméra portée, une succession de caméras de surveillance, et un duo de gardiens plongés dans un asile psychiatrique abandonné. Le dispositif n’est pas nouveau, mais Nicolas Pineda s’emploie à renouveler le genre avec audace. La caméra embarquée, notamment celle portée par Edward, le protagoniste, offre une immersion directe dans l’action et les évènements mystérieux qui s’y déroulent. Ce passage à la première personne rappelle parfois la mécanique d’un jeu vidéo, une transformation narrative audacieuse qui séduit autant qu’elle épuise le spectateur, en particulier les non-initiés au langage visuel vidéoludique. Cette expérience sensorielle met à l’épreuve la patience et la faculté d’adaptation du public, en intégrant des séquences à la fois tremblantes et intenses.
Le found footage n’est pas simplement un choix esthétique mais un véritable enjeu narratif dans Infirmary. Le film questionne la raison même de filmer les événements, une interrogation majeure dans le genre. La question « pourquoi enregistrer ? » reste en suspens sans réponse réellement satisfaisante, fragilisant la cohérence intrinsèque de la démarche. Par ailleurs, le montage, très travaillé et agressif, joue autant sur l’émotion que sur la perception de la temporalité. Des séquences sont composées avec une certaine sophistication, où la bande-son joue un rôle ambigu, ajoutant parfois du lyrisme à des images censées rester « brutes ». Ce paradoxe entre immédiateté et composition artistique renforce la complexité induite par la réalisation, un équilibre parfois difficile à tenir.
Dans cette optique, la comparaison avec d’autres œuvres, à l’image des premiers films issus du cinéma d’horreur des années 2000, est inévitable. Le style « MTV FEAR » est palpable dans certaines scènes, oscillant entre un certain amateurisme assumé et des pics de réelle tension. Cette ambivalence génère tour à tour fascination et frustration, comme si Infirmary reproduisait la dualité que l’on retrouve chez ses héritiers spirituels. Le choix d’alterner entre différentes sources d’images et de points de vue s’avère à double tranchant : il enrichit le récit mais complexifie la fluidité et la crédibilité de l’ensemble.

Performance des acteurs et construction des personnages : un duo contrasté
Le film Infirmary repose avant tout sur la dynamique entre Edward et Lester, deux gardiens aux profils nettement antagonistes. La performance des acteurs est une pierre angulaire indispensable pour que l’on oublie l’artifice du found footage et que l’immersion fonctionne pleinement. Le jeune Edward apparaît comme une figure vulnérable, souvent naïve, ce qui nourrit autant le suspense que le sentiment d’isolement. Par contraste, Lester, le gardien proche de la retraite, dégage une aura inquiétante, presque menaçante. Cette tension interpersonnelle, parfois un peu caricaturale, est cependant travaillée avec soin pour faire naître une inquiétude palpable.
Toutefois, certains choix scénaristiques peuvent paraître un peu forcés, notamment lorsque les protagonistes prennent des décisions douteuses qui semblent dictées par le scénario plus que par leur psychologie. Par exemple, agiter un mannequin à travers les couloirs hantés paraît peu crédible pour des personnages censés avoir un minimum de bon sens. Cela rappelle certains travers du genre où la cohérence est sacrifiée au profit du frisson immédiat. Pourtant, cette imperfection confère aussi une authenticité à la représentation du désarroi et de la panique. L’interprétation des protagonistes parvient donc à instaurer une ambiance nerveuse, sans toutefois faire oublier les failles du scénario.
Il est intéressant aussi de souligner que la disposition particulière du lieu, évoquant fortement l’atmosphère des Backrooms, participe grandement à l’effet de claustrophobie et de désorientation. Cette esthétique oppressante trouve un prolongement direct dans la gestuelle et le comportement des acteurs, renforçant une sensation d’enfermement à la fois physique et mentale. Dans cette réussite, Infirmary joue sur des registres connus du cinéma d’horreur tout en apportant une patine plus contemporaine, avec ses travers et ses propositions.
Le duo Edward-Lester : entre tension et incompréhension
La relation entre Edward et Lester est la colonne vertébrale du récit. Tandis qu’Edward incarne la jeunesse inexpérimentée et le doute, Lester est celui qui s’éloigne, menace latente pour le spectateur. Leur interaction est un moteur dramatique essentiel, soutenue par une mise en scène parfois minimaliste mais efficace. Cette inégalité de pouvoir amplifie l’angoisse, notamment quand Lester disparaît mystérieusement. Ce moment pivot du film s’appuie ainsi sur l’excellente interprétation qui transmet efficacement une peur à la fois psychologique et physique.
Cependant, cette construction est minorée par des moments où les motivations ou les réactions sont moins convaincantes, trahissant le besoin d’amener le spectateur d’un point A à un point B sans prendre le temps d’expliquer certains détails. Cela dessine un tableau contrasté où le film se débat pour aligner son scénario à l’emprise émotionnelle qu’il souhaite provoquer, mais sans toujours y parvenir pleinement.
Approche esthétique et direction artistique : la peur sculptée par la lumière
L’un des points forts indéniables du film demeure sa direction artistique, et plus précisément son travail sur la lumière et l’ombre. La scénographie du Wilshire Infirmary, entre couloirs interminables et salles aux allures délabrées, est mise en valeur par une lumière tamisée qui joue autant sur l’orientation que sur la création d’une atmosphère menaçante. Xiyu Lin, chef opérateur, utilise la lumière pour donner vie à cet espace figé, où chaque zone d’ombre colle à la peur elle-même.
Cette utilisation experte de la lumière et de l’obscurité trouve un rôle narratif fort : elle guide l’attention du spectateur, induit de fausses sécurités et transforme le moindre recoin en un potentiel théâtre d’horreur. L’éclairage n’est jamais fonctionnel mais vecteur d’émotion. Cette attention au détail qui s’appuie sur une direction rigoureuse révèle que, malgré un budget limité, Infirmary parvient à créer une esthétique immersive remarquable, propre à susciter la tension et le malaise.
De plus, les effets sonores viennent appuyer cette ambiance avec des cris stridents ressemblant à des sirènes douloureuses, renforçant l’idée d’un lieu hanté à la mémoire douloureuse. Ce mariage réussi entre image et son éclaire la richesse paradoxale du film : une construction technique forte au service d’un récit parfois bancal.

Réception critique et place du film dans le cinéma d’horreur contemporain
Le polar horrifique signé Nicolas Pineda s’inscrit dans une tradition forte du cinéma indépendant explorant le surnaturel à travers les codes du found footage. Néanmoins, la réception critique est mitigée. Infirmary est perçu comme un film intelligent mais parfois excessivement désordonné, oscillant entre moments brillants et séquences plus laborieuses. Cette contradiction est à l’image d’un genre qui cherche encore sa nouvelle voie dans une industrie où la saturation des codes classiques impose la création d’expériences singulières mais parfois inégales.
L’accueil réservé par les spécialistes souligne une tension permanente entre la volonté d’innovation et les limites du budget et du scénario. Le film fait également face à une interrogation majeure encore débattue dans le cinéma contemporain : comment faire évoluer le found footage pour ne pas tomber dans la répétition ni l’usure narrative ? En ce sens, Infirmary propose un terrain fertile d’expérimentations, bien que tous les choix ne témoignent pas d’une réussite totale.
Il convient de mettre en parallèle la manière dont d’autres productions cultives leur narration et leurs personnages, à l’image du respect que suscite le film La Promesse de l’aube, qui a su toucher par son classicisme maîtrisé, alors que Infirmary choisit la voie plus risquée du décalage et de la rupture formelle. Cette distinction illustre parfaitement les deux visages que peut adopter aujourd’hui le cinéma d’auteur et de genre.
Pour conclure, en dépit de ses maladresses, Infirmary mérite toute l’attention des amateurs de films d’horreur innovants, comme une étape prometteuse dans la carrière d’un réalisateur à suivre de près. Avec plus de rigueur dans le scénario et une meilleure gestion de ses ambitions, ce film pourrait rapidement s’imposer comme une référence moderne.



